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La femme à venir de Christian Bobin

ob_a4f4f9_bobin-la-femme-a-venir126C’est un livre que j’ai découvert par hasard. Je regardais les titres sur une étagère et je ne sais pas pourquoi, j’ai sorti ce livre. J’ai commencé à le feuilleter et sans m’en rendre compte, je me suis installée dans un fauteuil pour le lire.

Voici sa 4ème de couverture :

 » On est d’abord loin du livre, loin de la maison. On est d’abord loin de tout. On est dans la rue. On passe souvent par cette rue-là. La maison est immense. Les lumières y brûlent jour et nuit. On passe, on ne s’arrête pas. Un jour on entre. Dans la maison incendiée de lumière, dans le livre ébloui de silence, on entre. On va tout de suite au fond, tout au bout du couloir, tout à la fin de la phrase, tout de suite là. Dans la chambre aux murs clairs, dans le coeur noir du livre. On se penche au-dessus du berceau de merisier. On regarde, c’est difficile de regarder un nouveau-né, c’est comme un mort : on ne sait pas voir. On s’attarde, on se tait. On regarde la petite fille endormie dans le berceau de lumière. Albe, c’est son nom.  »

Je ne sais pas ce qui m’a attirée vers ce livre mais je sais ce qui m’a fait continuer ma lecture : le style de l’auteur !! Voici quelques morceaux choisis :

« C’est une chose fragile que la lumière du jour. On y grandit. On y marche. On y attend quelque chose, on ne sait trop quoi. Oui, mais voilà : où trouver la force d’attendre, quand le visage aimé est recouvert de terre ?

Toute la lumière nous venait de ce visage. Maintenant on n’y voit plus. » p. 26

« Dans la chambre d’à côté, le père ne dort pas. Il écoute le bruit des pas sur le plancher, cette fenêtre que l’on ferme, ces pensées que l’on ouvre. Albe va partir, c’est normal. Non, c’est cruel. C’est normalement cruel, voilà. Je bois trop, je fume trop, c’est normal aussi. » p. 50

« Albe et Antonin. Gravité de cet amour. Légèreté de ce lien. La jeune femme aide l’enfant pour les leçons de chaque jour. L’enfant aide la jeune femme pour la douceur de vivre. Ils grandissent dans le même temps, par les mêmes mots. » p.93

« Connaissez-vous, messieurs, mesdames, la douleur de l’ennui. Car c’est une douleur, la plus minutieuse. Elle se glisse au fond de l’âme, elle se niche entre les dents. On mange sans goût, on vit sans voir. Je m’appelle Albe, je ne crois en rien. On me parle. Les mots sont des grains de sable. L’ensemble fait un désert. J’ai perdu une chose mais j’ignore quoi. » p.106

J’aurai pu continuer ainsi longtemps encore ! Je n’ai pas retrouvé toutes les phrases qui m’ont marqué et en les recherchant j’en ai trouvé d’autres… Comme vous pouvez le voir, les phrases sont courtes, ce roman se lit donc très vite, tout s’enchaîne si facilement ! Et pourtant… L’histoire en elle-même est un peu spéciale, elle est décousue, on ne suit que certains passages de la vie d’Albe et de les autres sont laissés en blanc ou alors passés en quelques mots.

On ne sait pas trop quoi penser des personnages. On aimerait s’attacher à eux notamment à Albe mais on y arrive difficilement (peut-être une petite tendresse pour Lise mais même pas sûre). Il y a quelque chose chez Albe de détaché ce qui crée un fossé entre elle et nous. Vu ce qu’elle a vécu, c’est compréhensible mais c’est dommage qu’on ne puisse s’identifier à elle. On comprend qu’elle attire du monde. Elle a sa cour grâce à sa douceur et son mystère. Cette distance qu’elle instaure est en grande partie pour se protéger et son changement au contact d’Antonin est appréciable, la rend plus humaine, comme si elle osait enfin s’ouvrir et aimer.

La fin est n peu spéciale mais en même temps elle correspond bien au livre. Et pour une fois, moi qui n’aime pas les fins ouvertes, celle-ci ne m’a pas frustrée.

Par contre, je ne sais pas si je dois ou non vous conseiller cette lecture. En effet, je n’ai aucune idée si la magie opérera sur vous comme elle a opéré sur moi. Mais ce qui est sûr c’est que je vais chercher un 2ème livre de cet auteur pour voir si son style reste toujours le même et m’embarque toujours de la même manière ! Un vrai coup de cœur !

♥♥♥♥♥

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

Si je me souviens bien, j’ai acheté ce livre pour un Challenge ABC, challenge que je n’ai jamais réussi à finir ! hihi Donc je l’ai surtout choisi pour l’initiale de l’auteur !

Mais j’ai tout de même lu la 4ème de couverture avant de l’acheter :

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue  d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Je ne connaissais pas du tout l’auteur alors j’ai lu l’introduction qui nous donne plein d’infos sur lui mais comme elle est un peu longue, j’ai essayé de vous la résumer ici :

Stefan Zweig est né le 28 novembre 1881 à Vienne, en Autriche. Il y fit ses études, et, à 23 ans, fut reçu docteur en philosophie. Il fit ses débuts avec de jolis poèmes où dominait l’influence de Hofmannsthal et de Rilke. Parmi ceux-ci, notons « Cordes d’argent »(1900) et « Les Guirlandes Précoces »(1907). Passionné de théâtre, il se mit bientôt à écrire des drames : « Thersite »(1907), « La Maison au bord de la mer »(1911). Mais Stefan Zweig jugeait que « la littérature n’est pas la vie », qu’elle n’est « qu’un moyen d’exaltation de la vie, un moyen d’en saisir le drame de façon plus claire et plus intelligible ».

En 1904, il alla à Paris, où il séjourna à plusieurs reprises et se lia d’amitié avec les écrivains de l’Abbaye. Infatigable voyageur, toujours en quête de nouvelles cultures : il vécut à Rome, à Florence, en Provence, en Espagne, en Afrique, il visita l’Angleterre, parcourut les Etats-Unis, le Canada, Cuba, le Mexique et passa même  un an aux Indes. Ce qui ne l’empêchait pas de poursuivre ses travaux littéraires, sans effort puisqu’il dit : « Malgré la meilleure volonté, je ne me rappelle pas avoir travaillé durant cette période. Mais cela est contredit par les faits, car j’ai écrit plusieurs livres, des pièces de théâtre qui ont été jouées sur presque toutes les scènes d’Allemagne et aussi à l’étranger… ».

Les multiples voyages de Zweig devaient forcément développer en lui l’amour des lettres étrangères et surtout des lettres françaises. Il le manifesta par des traductions remarquables de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, de Verhaeren, de Suarès, de Romain Rolland.

Lorsque éclata la 1ère Guerre Mondiale, Zweig, ardent pacifiste, fut profondément marqué par cette guerre, elle lui inspira de violentes protestations (« Jérémie », 1916). Il explique d’ailleurs tout cela avec ferveur dans « Le Monde d’Hier ». Il quitta Vienne en 1919 et vint s’installer à Salzbourg, d’où il écrivit beaucoup de ses nouvelles les plus célèbres, telles « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme », « Amok », « La Confusion des Sentiments », « La Peur »… Puis suivit la série de ses écrits biographiques, où il acquit d’emblée une certaine autorité avec son « Fouché ».

Mais hélas, Hitler et ses nazis s’emparent du pouvoir en Allemagne et les violences contre les réfractaires s’y multiplient. Bientôt l’Autriche, déjà à demi nazifiée, sera envahie. Dès 1933, à Munich et dans d’autres villes, les livres du « juif » Zweig étaient brûlés en autodafé. Zweig voyait avec désespoir revenir les mêmes forces brutales et destructrices que lors de la 1ère Guerre Mondiale, sous la forme, pire encore, du nazisme. En 1934, il partit en Angleterre, à Bath puis il parcourt de nouveau l’Amérique du Nord, se rend au Brésil, fait de courts séjours en France, en Autriche… Et la guerre éclate. Le 15 août 1941, il s’embarque pour le Brésil et s’établit à Pétropolis où il espère encore trouver la paix de l’esprit. En vain, le 22 février 1942, Stefan Zweig rédige un message d’adieu et il se suicide.

Et enfin, toujours pour avoir un aperçu du style, voici un extrait :

Pendant la nuit, il pouvait être onze heures, j’étais assis dans ma chambre en train de finir la lecture d’un livre, lorsque j’entendis tout à coup par la fenêtre ouverte, des cris et des appels inquiets dans le jardin, qui témoignaient d’une agitation certaine dans l’hôtel d’à côté. Plutôt par inquiétude que par curiosité, je descendis aussitôt, et en cinquante pas je m’y rendis, pour trouver les clients et le personnel dans un état de grand trouble et d’émotion. Mme Henriette, dont le mari, avec sa ponctualité coutumière, jouait aux dominos avec son ami de Namur, n’était pas rentrée de la promenade qu’elle faisait tous les soirs sur le front de mer, et l’on craignait un accident. Comme un taureau, cet homme corpulent, d’habitude si pesant, se précipitait continuellement vers le littoral, et quand sa voix altérée par l’émotion criait dans la nuit : « Henriette ! Henriette ! », ce son avait quelque chose d’aussi terrifiant et de primitif que le cri d’une bête gigantesque, frappée à mort. Les serveurs et les boys se démenaient, montant et descendant les escaliers ; on réveilla tous les clients et l’on téléphona à la gendarmerie. Mais au milieu de ce tumulte, le gros homme, son gilet déboutonné, titubait et marchait pesamment en sanglotant et en criant sans cesse dans la nuit, d’une manière tout à fait insensée, un seul nom : « Henriette ! Henriette ! » Sur ces entrefaites, les enfants s’étaient réveillées là-haut et en chemises de nuit elles appelaient leur mère par la fenêtre ; alors le père courut à elles pour les tranquilliser.

Bien sûr ce livre ne parle pas de n’importe quelle journée et encore moins de la journée de n’importe quelle femme ! Et cette femme, malgré la 4ème de couverture et mon extrait, n’est pas Henriette mais la vieille dame…

Elle va se sentir en confiance avec le narrateur et lui raconter une journée qui pèse lourd sur sa conscience et son cœur…

J’ai adoré ! Je n’ai pas pu m’empêcher de me demander ce que j’aurai à la place de cette femme, tout en me disant que je n’aurai pas pu être à sa place n’ayant pas son sens de l’observation… Sens de l’observation qui amène parfois de longues descriptions qui ne m’ont pourtant pas dérangée car on comprend pourquoi cette femme s’attarde sur les moindres détails.

J’ai été un peu déçue de la fin mais tout simplement que comme cette femme, je crois aux promesses et que ça ne pouvait pas finir comme ça… Et pourtant c’est une fin tellement logique !

Une chose est sûre : j’ai envie de lire d’autres livres de Zweig !

♥♥♥♥

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